Le cadastre de 1826 nous montre la structure de la commune héritée de l’Ancien Régime. la Révolution a vendu les biens des abbayes et ceux de de Cornulier, mais le comte de Monti reste propriétaire de ses terres. L’Empire et la Restauration ont reconstruit ce qui avait été détruit au carrefour de Pont-Rousseau, sans ajout majeur. Un siècle plus tard, le plan communal de 1934 présente les îles quasi achevées et une continuité d’urbanisation sur toutes les rues qui partent de Pont Rousseau, jusqu’à la Basse Lande. En dehors de ces 2 quartiers, les nouvelles constructions sont rares, jusqu’en 1945, même dans le bourg. La présence des maisons bourgeoises reste forte. Le découpage foncier varie d’un village à l’autre et illustre l’exploitation agricole jusqu’en 1945. La photothèque présente de nombreuses maisons rurales ayant plus de 200 ans sur plus de la moitié de la commune. Quelques lotissements autorisés à partir de 1938 ne vont produire leurs effets qu’après la guerre. Les ex terres nobles commencent à être urbanisées à partir de 1950 et certaines ne le seront qu’en 1990. Regardons le cadastre de 1826.
Trentemoult n’est qu’une île et devient le plus gros village de Rezé
Trentemoult et les iles sont isolés du reste de Rezé par un vaste Seil et des prairies inondables ; aucun pont et même aucune trace de passeur n’apparait. Le noyau central pluricentenaire de « Trentemoux » est bien identifié, limité par le Courtil Brisset, constitué de maisons mitoyennes de pêcheurs photo à droite ci-dessous. Le quai Jean Bart n’est pas complet; la place des Filets est un délaissé. A l’est, les implantations sur le quai Surcouf sont conséquentes et ressemblent à des chantiers (358-359 et 355-356-357). Des maisons apparaissent aussi vers les rues Agaisse, Lebreton, Lacroix et Toussaint, future Pierre Douillard, alignées, parallèles au fleuve. « Norquiouse » a des maisons éparses et un boisement conséquent en rive. La Basse Ile a déjà 2 groupes de maisons et la Haute Ile a de nombreuses maisons groupées. Les prés inondables ont de multiples propriétaires ; certains accès à la Loire sont des jardins privés ou oseraies.


Des maisons plus cossues de marins et de capitaines au long cours s’implantent à Trentemoult dans la 2ème moitié du XIXème siècle. Entre 1846 et 1936, le nombre de ménages passe de 304 à 402, mais la population baisse de 1245 à 1152; moins d’enfants par famille. Les commerces et les guinguettes se développent ; Beau Rivage est repéré pour sa plage. Deux ponts relient aux Couëts et au bourg de Rezé par « Nort’House ». Les navettes fluviales orientent les habitants vers les commerces de Chantenay, et les chantiers navals nantais. Une école publique et une école maternelle privée ouvrent leurs portes. Norkhiouse s’étoffe, mais la Basse Ile et La Haute Ile ne gonflent pas. Le remblai de la voie de chemin de fer réduit les eaux fluviales dans le Seil. Champenois commence à implanter un entrepôt relié à la voie ferrée ouverte en 1875. Entre les 2 guerres, peu de constructions nouvelles ; les 4 îles sont déjà très urbanisées en 1914.


Le Seil est en partie remblayé en 1950 et la route de Cheviré et Pornic rétablit la coupure. La zone industrielle nord, puis la zone commerciale Atout Sud isolent toujours ces villages jusqu’en 2025. Seul l’immeuble des Cap Horniers de Dominique Perrault vient en 1986 ajouter 40 logements HLM à Trentemoult et complété par 30 logements à Norkhiouse en 2005. Le tramway va arriver en 2027.
Le carrefour de Pont-Rousseau est le centre d’un faubourg vivant et dynamique qui s’étoffe au début du XXème siècle.
Les guerres de Vendée ont incendié le carrefour de Pont Rousseau, la rue Félix Faure actuelle, mais pas la Redonnière, ni le Port au Blé. En 1826, il est reconstruit, mais ne s’étend guère. Les traces de la vicomté dont parle Michel Kervarec dans son livre sur le Moyen Age ont disparu depuis longtemps. Le marquis de Goulaine vend en 1652, la vicomté à Yves de Monti qui est établi dans son château des Chalonnières. En direction de Nantes, la chaussée de la rue Alsace Lorraine est rehaussée et reçoit des constructions en zone inondable au cours du XIX ème siècle. La famille Champenois y fait du négoce de bois, charbon, fer. La route Nationale vers La Rochelle se densifie et la nouvelle église Saint Paul émerge dans un carrefour peu dense. La voie ferrée dessert Pont Rousseau, liée à la gare de l’Etat, avec un trafic de marchandises; elle dessert Pornic à partir de 1875. Des maisons bourgeoises s’affichent rue Alsace Lorraine, rue de l’Industrie, rue Sadi Carnot et rue Thiers. Plusieurs bonneteries, dont Coisy, proposent plusieurs centaines d’emplois. Tous les types de commerces s’implantent et notamment des grossistes en épicerie et quincaillerie, négoce de matériaux. De modestes maisons ouvrières se diffusent dans toutes les petites rues adjacentes, et la loi Loucheur facilite cette extension localisée à partir de 1930. Une population ouvrière s’installe pour travailler dans les usines nantaises, voire rezéennes. (Photothèque : Tapez mot-clé Loucheur).


Toutes les voies adjacentes à Pont Rousseau en profitent : rue l’Industrie, future rue Jean-Baptiste Vigier, rue du Puits Baron, future rue Jean Fraix, jusqu’au Chêne Gala et la Basse Lande, rues Sadi Carnot, future Jean Jaurès et Aristide Briand, rue Thiers et Victor Hugo, même le long du petit train de Legé, jusqu’aux Gats et aux 3 moulins. Voir photothèque, tapez le nom de rue. Alentour, les champs et les prés n’ont pas changé; la famille de Monti est toujours là au Château en 1945, et la grande bourgeoisie possède toujours La Balinière et la Houssais. La Motte des Pelouailles a disparu quand les industries ont occupé les bords de Sèvre: tannerie Suzer au Petit Choisy dès 1850 et filatures de toiles de Bariller frères.
Le manoir de La Balinière est implanté par Poulain de la Bretesche au début du XVII ème siècle. Un siècle plus tard, les négociants Bourgault Ducoudray en font une « folie », résidence secondaire à la campagne. La Coopérative Ouvrière du Logement, COL, négocie avec la fille de Jules Léon Jamin, président du Conseil Général pour réaliser un lotissement de 101 maisons en autoconstruction collective en 1950. C’est le premier lotissement de castors de l’agglomération nantaise achevé en 1955. Suivra le lotissement du Haut Landreau achevé entre 1956 et 1958 et d’autres sur Nantes et alentour.

Le bourg de Rezé est à l’écart de la vie économique et sociale, centre excentré d’une commune rurale.
Le curé Dupré Villaine est le premier maire. Il perpétue la tradition des seigneurs des Pallets dont le siège serait à l’emplacement de l’ancien presbytère. D’après Michel Kervarec, p97, la seigneurie des Pallets avait un château, un auditoire, des halles et un carcan. La famille de Monti achète ce fief en 1622, et les terres des Fromentaux vont suivre. Le petit château de la Bouvardière est construit au XVIII ème dans un parc et sera la résidence d’édiles rezéens. L’église paroissiale construite au XVème a des signes de faiblesse à partir de 1850. La nouvelle église est reconstruite en 1867 en regardant la Loire et le cimetière communal est déplacé. Une nouvelle mairie décidée en 1894 par Grignon Dumoulin, une autre par Jacques Floch en 1989 ne bousculent pas la structure du quartier. Quelques villas trouvent place: la Villa Bianca d’Arsène Leloup, la villa Ratiate, les Hortensias, le Castel de La Tour de Georges Grignon Dumoulin. Un peu d’habitat populaire apparait peu avant la dernière guerre, dans la rue Georges Boutin et un peu dans l’avenue des Treilles.


Le parcellaire est très découpé, à l’ouest, dans les Champs Saint Martin et au sud vers la Croix Médard. Des archéologues affirment qu’ils y retrouvent des limites antiques. Pourtant, la découverte de la basilique paléochrétienne en 2002 n’était pas prévisible. Depuis des siècles, les paysans ont retourné la terre à la bêche; ce sont les laboureurs à bras qui vivent de peu. Vers l’est et le centre du bourg, les parcelles sont plus vastes: propriété des seigneurs des Pallets ou des Fromentaux ou des abbayes de Geneston ou de Villeneuve au Moyen Age, puis de la famille de Monti sous l’Ancien Régime et des familles bourgeoises après la Révolution. Tous emploient des métayers. Les prés inondables appartiennent à de grands propriétaires. Le bourg de Rezé est recroquevillé, distant du pouvoir des comtes de Monti, isolé des îles, complètement décentré et à l’écart des axes de communication qui partent du faubourg de Pont Rousseau.
Après la dernière guerre, la famille Peigné est propriétaire des espaces autour de la chapelle Saint Lupien du XVème siècle, des Bourderies, du logis de la petite Bourgeonnière et de son jardin où ont été découvertes les 2 domus du II ème siècle. Un boulevard, dit Le Corbusier, permet de passer à côté du bourg depuis 1970.
L’architecte Le Corbusier construit son immeuble au sud du bourg en 1955 avec l’appui du maire Georges Benezet. Mais les corbuséens ne s’ouvrent guère au quartier. Jacques Floch fait construire une nouvelle mairie en 1989, en face de la précédente, pour que rien ne change. Les instituts de formation de carrières sociales s’implantent aux Bourderies sans influer sur la vie de ce petit quartier. Seuls les derniers immeubles incongrus, bousculent tout. Ils ont coupé l’ancienne voie de Nantes à Paimboeuf, et gâché les perspectives. dommage! Les futures 3 lignes de tramway de 2027 n’y changeront pas grand-chose.
Entre le bourg et Pont Rousseau, plus précisément entre Saint Lupien et le Port au Blé, ou entre les ruisseaux du Landreau et de la Balinière, le parcellaire est très découpé, sauf la grande parcelle du Grand Clos et la poudrerie Ruggieri. Sur ces vastes parcelles viendront des groupes d’immeubles en 1960 et 1970.
L’habitat ouvrier progresse rue Emile Zola et surtout rue Henri Barbusse dans l’entre 2 guerres. Il avance également au-delà de la Croix Médard sur les rues Jean Baptiste Hamon et Clément Bachelier, avant que de petits lotissements viennent remplir les trous récemment.(Voir photothèque par noms de rue).


La voie antique des gallo-romains allait vers le sud; l’axe nord-sud, du bourg à la Carrée reprend cet itinéraire. Plusieurs seigneuries au Moyen Age, puis la famille de Monti reprend tout. En 1826, aucune construction à l’est et à l’ouest, juste Mauperthuis avant d’atteindre le château de la Chalonnière, des comtes de Monti de Rezé.®A.M.Rezé
Hors de ces quartiers précédents, la paroisse puis la commune de Rezé a une structure foncière rurale jusqu’en 1950
Dans son dictionnaire historique et géographique de la Bretagne paru en 1780, Jean-Baptiste Ogée décrit Rezé comme « un territoire couvert d’arbres et de buissons, qui renferme des terres en labeur, des prairies excellentes sur le bord de Loire, des vignes et quelques landes au sud de son bourg, sur le chemin de Nantes à La Rochelle », pages 675 et 676 Gallica.
Le comte de Monti possède le château de la Chalonnière, les manoirs de la Grand Haye, des Pallets, de la Trocardière et de la Samsonnière, la maison noble du Port au Blé, les auditoires du bourg et de Pont Rousseau, la prison, les halles, les fours à ban, les moulins, les fuies, les métairies et terres. Aucun plan de ces propriétés n’a été dessiné.
En 1853 Marteville et Varin ont étudié le cadastre et ont estimé 725 ha de terres labourables, 224 ha de prés, 297 ha de vignes, 36 ha de bois, 80 ha de vergers et jardins, soient 1 162ha
52 ha de propriétés bâties et 146 ha non imposables de domaine public sur une superficie totale de 1 560 ha
Ils notent la présence de 27 moulins
Les terres cultivées sont plus importantes que les prairies, malgré les bords de Loire et de Sèvre. Les vignes sont très présentes, plantées en quinconce dans de petites parcelles, jusqu’en 1890, où après le phylloxera qui a ravagé le vignoble, la vigne est replantée en rangs. Ces auteurs ne citent pas les landes de Belleville qui s’étendaient de La Houssais, au Chêne Creux, aux Naudières et au Chatellier.
Mauperthuis ou le mauvais passage vers le Château.
D’où vient ce nom? Michel Kervarec envisage un ouvrage défensif (p149). L’habitat de Mauperthuis est organisé en mini hameaux, répartis sur cette voie de passage. Aucune maison forte avec cour intérieure. Autour le parcellaire est divisé. Ce territoire était sous la tutelle des Pallets, qui comme dans le bourg, ont laissé les pauvres paysans s’approprier un peu de terre. Quand les de Monti rachèteront le fief des Pallets, en 1622, ils en laisseront l’usage à leurs sujets. Dans ce mini quartier, nous pouvons repérer ces maisons anciennes qui ont plusieurs siècles d’existence.(Voir photothèque bicentenaire).
La terre est aussi semi morcelée sur les Mahaudières, à l’est de Mauperthuis, vieille implantation rurale antérieure à l’arrivée des de Monti.
Par contre, tous les environs du château de la Chalonnière, le château de Rezé, appartiennent aux comtes de Monti. Le « Bas Landero » n’y fait pas exception. Les métayers ne possèdent rien et ne gardent qu’une partie de leurs récoltes. Le comte de Monti possède 150 ha en ce lieu.
Le « Haut Landero » a de grandes parcelles appartenant au comte d’Orfeuille jusqu’en 1954, date à laquelle le COL achète 7 ha de terres pour engager le 2ème lotissement des castors de 157 maisons. Toutefois au sud du Haut Landreau, le terrain est très morcelé jusqu’au chemin de grande communication de Nantes à Machecoul, la RN23 de Nantes à Paimboeuf et Pornic. Les vieilles maisons des Landreau sont encore repérables. (Voir Photothèque.)


Les plans de reconstruction de Nantes visent le château des Chalonnières. Le maire Georges Benezet négocie mais la famille de Monti ne peut se résoudre à vendre ce bien acquis il y a 350 ans. Le maire Georges Benezet engage l’expropriation en promettant la destruction du château. Le nouveau maire Alexandre Plancher, élu en 1959, exécutera cette décision. A partir de 1960, 3 sociétés construisent 820 logements HLM; la SEMI réalise 650 appartements et 66 maisons en accession à la propriété. La ville réalise un lycée, 2 écoles, 2 gymnases, un centre social, une maison de jeunes, une place du marché. Le centre commercial avec le SUMA ouvre en 1964 et l’évêché construit l’église Saint André la même année. Des administrations s’implantent mais jamais la mairie n’y trouvera place. ®A.M.Rezé
Les seigneurs de la Trocardière maitrisent terres et moulins à eau.
Autant les parcelles sont étroites vers le Haut Landreau, autant les parages de la Trocardière sont constitués de grandes parcelles en 1826. Le manoir du XVème siècle avait un porche flanqué de 2 tours et une chapelle d’angle, encore visible au siècle précédent dit Michel Kervarec page 156. (Voir la photothèque). Cette chapelle est visible sur ce plan; une maison récente la recouvre. En contrebas du manoir, dans la vallée du ruisseau de la Jaguère, les moulins à eau sont visibles sur le plan et la levée-barrage est perceptible sur l’actuel chemin piétonnier, surtout quand les arbres ont perdu leurs feuilles. La famille de Monti devient propriétaire de la Trocardière et des métairies nobles. Ces espaces étaient-ils boisés ou cultivés?

Les métairies de la Trocardière, de Bel Etre et de la petite Trocardière exploitent ces terres jusqu’en 1945, date des premiers lotissements sur la rue de la Trocardière, les rues Védrines et Guynemer, puis l’Aful de Bel Etre. La ville de Rezé installe le stade et les équipements sportifs à partir de 1970.
La seigneurie de la Jaguère, fort ancienne, laisse peu de traces dans le village, mais contrôle d’autres maisons nobles.
Une motte féodale en serait l’origine; quelques fouilles n’ont pu la localiser. Des écrits de 1254, 1315, 1462 confirment ce fief. Le cadastre de 1826 confirme un carré de bâtiments encore habités actuellement. Voir photothèque Jaguère.


Au Moyen Age, sous le duché de Bretagne, le seigneur de la Jaguère possédait les maisons nobles de la Sansonnière, la Balinière, la Classerie, l’Esnaudières ou Naudières, les villages de la Galottière et de la Grand Haie, une partie de l’île des Chevaliers et d’autres terres sur Vertou: Rousselière, l’Ebaupin, Babinière, Frémoire, en jaune sur le plan ci-dessus. La famille de Monti achète la Samsonnière le 16 mai 1658, La Grand’Haie le 12 janvier 1656. Autour du carré initial de la Jaguère, les terres sont morcelées à l’opposé de la structure autour de la maison noble et métairie de la Sansonnière ou du château de la Classerie ou du manoir de La Houssais. Ce vieux château est-il détruit? Après la guerre de succession de Bretagne en 1365 ?
La grande parcelle au-dessus du village de la Jaguère a longtemps été un champ de muguet exploité par la famille Vinet avant de voir les immeubles en 2012. Dès 1950, des lotissements ont urbanisé le côté nord-est de la rue de la Classerie: Chalonnières, rue en U de la Sansonnière, les Cottages près de la folie de la Classerie. Ce château reconstruit par l’armateur et négociant nantais Darquistade au XVIIIème siècle a conservé ses terres jusqu’en 1990. Propriétés de la famille du colonel Banal, elles sont étudiées en lotissements de la Chataigneraie, du Clos des Iles et de la Pirotterie. La métairie de la Sansonnière est toujours là, cachée dans ses vieux murs, invisible au conducteur pressé.
La rue de la Galarnière a longtemps été une impasse jusqu’aux maisons paysannes de ce village pluricentenaire. Les terres sont très découpées. Après 1965, cette rue se prolonge jusqu’à La Gagnerie. Là, le découpage des terres en longues lanières permet d’envisager des partages dont tous les enfants veulent une part. Les immeubles n’occuperont ces terres qu’en 1969. Quant aux champs où paissent les moutons au sud des maisons anciennes de la Galarnière, il faut attendre 2010 pour voir les immeubles de la rue Aubrac.
La famille bourgeoise de La Houssais s’approprie une vaste propriété agricole sur les communs
La seigneurie des Bretesches sise au manoir de Praud possède les maisons nobles de La Houssais, La Baillourie, La Classerie et le village du Chêne Creux. La seigneurie des Pallets du bourg possède des morceaux vers La Cocotière, la Gatine et la Petite Lande. Les comtes de Monti achètent les Pallets en 1622 et les Bretesches le 9 juillet 1657. Après les de la Roche Saint André, propriétaires de La Houssais, avant la Révolution, le fabricant d’indiennes, Emile Favre Petit Pierre l’achète en 1823 et veut s’agrandir sur les communs, en les clôturant. La carte de droite montre en 1826 de grandes parcelles autour du manoir de La Houssais. Une bombe ruinera ce manoir en 1943.
La terre est propriété de paysans autour de la Gatine, la rue Fouin actuelle, et autour de la Petite Lande, les rues du Pélican et Georges Berthomé actuelles. Les anciennes maisons paysannes sont inclues dans le tissu urbain, parfois cachées. Voir la photothèque Fouin et Petite Lande. Ce morcellement est en continuité des petites parcelles de la Galarnière, voire du Landreau. En 1960, 5 paysans de ces villages étaient encore métayers du comte de Monti sur 5 ha chacun autour du château de Rezé.


A partir de la Croix de Rezé, le Grand Chemin, la rue Maurice Jouaud actuelle va peu à peu s’urbaniser. Le lotissement de 280 maisons du château de La Houssais est livré en 1957. D’autres lotissements le complète rue des Alpes, rue Mermoz-Bastié, rue des Arts et Métiers. Les immeubles de la Gagnerie en 1969 et ceux du Pélican en 1966. La ville garde le parc et construit une école à La Houssais et une autre au Chêne Creux. Une maison de retraite voit le jour. Tout se densifie après 1970.
Le gros village du Chêne Creux est sous la tutelle des Bretesches, du manoir de Praud
En 1846, premier recensement exploitable, le Chêne Creux compte 47 logements pour 160 habitants dont 23 laboureurs, 5 marchands de vaches … Le village est toujours resserré, relié à la Grand’Haie et à la Carrée, mais pas aux 3 moulins. Les paysans cultivent les terres situées sur le côteau au-dessus et font paitre leurs bovins sur les communs, les landes de Belleville qui vont au-delà de la Nationale, jusqu’aux 3 moulins et à la Houssais. Sous l’Ancien Régime, un représentant des fermiers discutent avec les seigneurs des Bretesches. Sous la Révolution, les enfants Bascher sont très actifs auprès des Vendéens et le manoir de Praud sera détruit. Voir la photothèque Chêne Creux et Praud. Les Bleus installent le camp des Naudières en août 1793, sur ces landes, pour servir de base à Kléber pendant quelques semaines, afin de mettre la Vendée au pas, jusqu’à Cholet. En 1824 et 1827, Favre Petit Pierre clôture les communs autour de La Houssais, les paysans s’y opposent. Le maire de Monti veut reprendre ces terres indivis au Chêne Creux et à Trentemoult: il sera débouté. En 1826, le cadastre fait apparaitre des lanières sur la pièce Saint Pierre, de l’autre côté de la Nationale, vers les « Nodières ». Peut être de la vigne. Les pressoirs et les celliers sont dans le village du Chêne Creux. Un bouilleur de cru y implante son alambic.


En 1934, le village n’a guère bougé; juste une route à partir des 3 moulins qui se poursuit vers Pont Saint Martin et un petit train de Legé qui a cessé son activité en 1935. Le recensement de 1946 indique 275 habitants. Les battages ont lieu sur les communs, les enfants jouent dans les paillers, et les « bêtes » viennent boire dans les mares. Lire l’article de la revue Rezé Histoire n° 91 de février 2023. Des maisons individuelles commencent à s’implanter après 1945, sur la rue du Chêne Creux et sur la Nationale. Le lotissement de l’Orgerie s’implante dans les jardins et les prés en 1981.
La Baillourie est une maison forte, en face l’école primaire du Chêne Creux. Elle dépendait aussi de la seigneurie des Bretesches, du manoir de Praud. Les 2 frères Heurtin ont exploité une tenue maraichère dynamique jusqu’en 2000; puis un lotissement l’a remplacée.
Le point le plus haut de la commune est la butte de Praud. Le manoir des Bretesches est une cour rectangulaire fermée avec 2 porches toujours visibles. Le manoir est reconstruit début XIXème sur les bases du précédent. Ils possèdent des terres d’un seul tenant. et les maisons nobles de la Classerie, la Houssais et la Baillourie, et en plusieurs lieux de Rezé. Lire Michel Kervarec page 100. Voir le plan de 1826, 2 paragraphes plus loin. Beaucoup se préoccupent du dit château de Praud qui est la demeure du maire Philémon Chénantais, construite par son cousin architecte en 1845, puis la résidence secondaire d’Alexis Biette jusqu’en 1915; ne pas confondre manoir et château. Lire l’article paru dans le bulletin des Amis de Rezé n°28 de mars 1998.

Les frères Franquet sont propriétaires des terrains entre Praud et La Carrée. Joseph Laury transfère l’hypermarché Leclerc sur ces terrains en 1974. Il veut se réimplanter près de la rocade; mais, il ne le pourra qu’en 2001. Ensuite, les terrains libérés sont aménagés dans le cadre d’une ZAC longtemps négociée à proximité de Ragon.
La photo ci-contre date de 1986 et montre les travaux du périphérique. ®A.M.Rezé
La route Nationale des 3 Moulins jusqu’à Ragon et Les Sorinières est pleine de vide
En 1826, la route royale tracée en 1770, passe dans des espaces vides sans rencontrer un village, sans proposer une auberge. Peut-être aux 3 Moulins, outre les 7 moulins, apparaissent sur la planche de détail de l’ouest, quelques maisons mitoyennes pouvant correspondre aux maisons des 100, 102, 104 rue Aristide Briand qui viennent d’être démolies au XXIème siècle. Un aubergiste Sébastien Lesage des 3 moulins a défrayé les chroniques en 1793. Du côté est, aux 3 moulins, aucune maison.
Jean Pierre de Cornulier, propriétaire entre autre, des Naudières, émigre et la Révolution confisque ses biens. Sur ces terres, les troupes républicaines de l’armée de Mayence s’installent sous le commandement de Beysser le 26 août 1793, puis Kléber implante du 9 septembre au 10 octobre, un vaste camp militaire de 6 000 hommes, entre la Nationale et la Sèvre pour attaquer les Vendéens à Cholet. Espace chahuté. Les communs des Landes de Belleville deviennent très vastes, entre le Chêne Creux et les Naudières, mais remontant jusqu’au Pinier et La Houssais à l’ouest et jusqu’au Chatelier à l’est.
Le gibet de la Carrée n’est plus utilisé. Des maisons apparaissent groupées près de Ragon (Ecobut), sur la Nationale au cours du XIXème siècle et amorcent un noyau de vie autour du champ de foire très visible sur ce plan.
Les villages anciens sont à l’écart de la route Nationale: la Baillourie et le Chêne Creux, à l’ouest, le Chatelier à l’est. Un seul moulin peuple les landes du Chatellier: c’est le moulin Guibreteau. Les paysans utilisent les communs pour y faire paitre leurs quelques vaches et récolter du foin. Les villages proches les uns des autres, de la Mirette, Quératière, Chapelles, Robinière occupent les terres de l’est. Les maisons nobles de l’ouest, Praud, Genétais, Bauche Thiraud, Brosse contrôlent de vastes parcelles jusqu’au XXIème siècle; la forêt s’étendait sur ces territoires dépendant de la seigneurie de Touffou sous l’Ancien Régime.
Quelques maisons espacées apparaissent sur la Nationale au cours du XIXème siècle, notamment la villa Les Roses de Charles Rivière aux 3 moulins, celle d’Ernest Sauvestre près de la Carrée, celles du carrefour de la rue Lechat. Le début XXème siècle introduit des maisons de style balnéaire aux 28 et 66 rue Charles Rivière. Les constructions plus denses, d’immeubles d’habitat, ne viendront qu’au début du XXIème siècle, jusqu’au périphérique. La zone d’activité de La Brosse et de la Malnoue s’étoffe à partir de 2010 avec des concessions automobiles puis un pôle logistique et alimentaire avec le MIN.n La succursale Citroën quitte les 3 Moulins en 2012 pour le périphérique.

Les petites exploitations agricoles prospèrent à l’est de Ragon

A côté de la Nationale, des maisons rurales sont implantées depuis plusieurs siècles : le long de l’actuelle rue de l’Etang, à la Mirette, face à la future école, en 3 ilots à la Quératière. La rue des Genêts est déjà tracée et rejoint le lieu dit La Robinière, sur la rue de la Mirette actuelle. Deux grandes mares apparaissent ; celle de la Quératière viendra plus tard.
Le hameau des Chapelles est très dense, avec des habitations et des bâtiments d’exploitation imbriqués, sans oublier les pressoirs et celliers. La démographie est proche de celle du Chêne Creux, mais le périmètre des recensements est aléatoire. En 1945, 11 exploitations agricoles y étaient encore active. La mare de la rue de la Robinière vient d’être remblayé pour construire un immeuble HLM. Le hameau a gardé son authenticité.
Les Basses Chapelles, de l’actuelle rue Pierre Legendre, sont de la même facture et bien repérable. La circulation automobile lui fait perdre de sa tranquillité.
Aucune maison noble dans cet ensemble agricole. Il était sous la seigneurie des Fromentaux, de l’Aufrère, puis de la Maillardière. Les paysans cultivent des lopins de terre. Le champ de foire est identifiable. L’urbanisation a gagné la Nationale au XIXème siècle et toutes les petites rues après 1945.
Les premiers lotissements n’apparaissent qu’à la fin des années 1970 entre les villages du sud-est de Rezé
La seigneurie des Fromentaux, puis de la Maillardière possède tous ces villages et maisons-nobles au Moyen Age.




Le propriétaire de la maison noble de La Gabardière, de Miolis, se sépare de ses terres le long du ruisseau de l’Ilette pour créer le premier lotissement résidentiel en 1972. Les lotissements de la Bataillerie, des Bertineries et des Saules verront le jour en 1979 et 1984 à partir de la rue du Moulin Guibreteau. Entre les deux, vient se glisser un lotissement contemporain Marie Hackin en 2020. Le lotissement du Mortrait relie La Coran aux Carterons en 1996. Les lotissements des noms de cépage étoffent le Moulin des Barres en 2002 et 2009. De nombreux terrains restent en déshérence depuis l’abandon du boulevard Mendès France en 2014 par le maire Gérard Allard.
Les villages ruraux de la Basse Lande rejoignent la Blordière et s’étoffent avec les travailleurs des tanneries des bords de Sèvre.
Sur le côteau, La Basse Lande se prolonge vers le sud-est sans se connecter aux 3 moulins en direction de la Blordière. Le parcellaire foncier est assez découpé autour de ces hameaux, signe d’une appropriation par les paysans. Quand Suzer ouvre la tannerie du Petit Choisy, à La Morinière vers 1845 et quand Devin ouvre celle de la Rousselière, sur Vertou en 1850, les employés se logent dans La Basse Lande, La Blordière, La Chaussée et La Morinière (lire l’histoire du quartier Blordière au début du site). Les terres restent en exploitation agricole.
Les maisons bourgeoises gardent leurs grandes parcelles. François Ferrant vend les Naudières à la Société des Missions Africaines en 1880 qui la transforme en séminaire à partir de 1890: elle reste une grande propriété. Le château de la Chaussée, propriété de la communauté de Saint Clément, est achetée à la Révolution et s’affirme en exploitation maraichère. Les belles maisons du Jaunais et de la Haute Morinière suivent les mêmes évolutions.


tourner d’un quart vers la gauche pour coller à la précédente
Près des 3 moulins, un lotissement apparait en 1930 sur les rues Joffre et Lilas. La Cité Péquin, près du Chêne Gala, ne démarre qu’en 1940. Ces opérations isolées ne bousculent pas ce quartier où règnent les tenues maraichères: on en recense 27 en 1968. Cette situation n’est pas propre à Rezé et est très présente autour de Nantes, à Beautour, Saint Sébastien et Doulon.
Toutefois l’architecte Demur qui construit le Château de Rezé en 1961, prolonge son activité en construisant l’immeuble de la pharmacie en 1963 à La Blordière. Les immeubles de la Marterie et de la Noëlle suivent en 1969, puis ceux de la Clef des Champs en 1973 à La Blordière. (voir la photothèque sur le quartier Blordière). La ville prend l’initiative du lotissement de la Lande Saint Pierre en 1978 et accepte ceux qui urbanisent La Haute Morinière: Brossis et Machetterie. La vile conduit la Zac du Jaunais en 1982 sur la propriété Terrien-Brunelière. Le lotissement des Maraichers sur les Hucasseries achèvera ces opérations sans plan directeur. Les équipements publics se glissent dans des interstices au gré des opportunités. La subdivision EdF GdF détruit le château de la Chaussée. Les maisons du Jaunais et de la Haute Morinière sont quasi invisibles; seule la maison Brunelière domine le quai Léon Séché.
Une suite de voiries dénommée boulevard Mendès France devait relier Ragon au viaduc des Bourdonnières. Depuis l’abandon par Gérard Allard en 2014, la végétation prend le dessus sur tous les espaces du sud-est de Rezé.
Reprenons la chronologie
Sous l’Ancien Régime, n’existent que le bourg, le carrefour de Pont Rousseau, les maisons de pêcheurs des îles et quelques hameaux ruraux Chêne Creux, Chapelles. Dans la deuxième moitié du XIX ème siècle, Pont Rousseau s’étend sur toutes les grands chemins qui y convergent: route de La Rochelle, route de Machecoul et du Pellerin, rue de l’Industrie. Des maisons plus cossues complètent Trentemoult, La Haute Ile, La Basse Ile et Norkhiouse. Le bourg et la Blanche ne bougent pas.



Entre les 2 guerres les maisons de la loi Loucheur fleurissent entre Pont Rousseau et les 3 moulins, le Chêne Gala, les Mahaudières et l’entrée du bourg. Les grandes propriétés bourgeoises ne commenceront à disparaitre qu’à partir de 1953, en lotissements ou groupes d’immeubles. Puis l’urbanisation gagne l’ouest, le sud-ouest et le sud-est ne laissant que des couloirs verts autour des ruisseaux de la Jaguère, de l’Ilette et les prairies humides de la Sèvre.
Cet article est en correspondance avec la photothèque où dans l’album quartiers sont insérées 3 000 photos de maisons et bâtiments. Recherchez les hameaux ou rues ou essayez les mots clés : contemporaine, moderne, traditionnelle, Loucheur, balnéaire, ilienne, pêcheur, capitaine, bourgeoise, centenaire, bicentenaire, manoir, pluricentenaire … Cherchez des explications dans cet article et allez voir sur le terrain. Vous pouvez déceler des erreurs, proposer des compléments. Je fais amende honorable; je ne suis ni historien, ni géographe, ni architecte. J’ai observé et essayé de comprendre.
Gilles Retière complété par Yves Lostanlen janvier 2026


