Par Isidore Impinna

Avant l’arrivée de l’eau courante, les Rezéens se fournissaient en eau « potable » dans des puits privés ou communaux. Les eaux de la Loire, de la Sèvre et d’autres ruisseaux, tout comme celles des étangs ou mares, pouvaient être utilisées à d’autres fins domestiques, comme la lessive et l’hygiène corporelle. Elles servaient également à lutter contre les incendies et à abreuver les animaux. Durant les périodes de sécheresse, la plupart des puits se retrouvaient à sec du fait de la forte demande d’une population en constante augmentation. La potabilité de l’eau était souvent incertaine en raison du manque de réseau d’égouts et, à la proximité des puits, des latrines, des poulaillers, des clapiers et des écuries, sans compter les tas de fumier. Cette pollution persistante de l’eau était à l’origine de cas de dysenterie et de multiples épidémies, telles que le choléra ou la typhoïde qui frappa l’école privée des filles de Pont-Rousseau en 1935.
Bornes-fontaines
Au début du 20ème siècle, l’insuffisance d’eau potable était un problème récurrent dans les quartiers densément peuplés : Pont-Rousseau, les Iles et le Bourg. Face à cette pénurie, la municipalité incitait les nouveaux lotisseurs à creuser des puits, et multipliait la construction de bornes-fontaines. Ces dernières étaient approvisionnées soit par une source naturelle, soit par un système de distribution d’eau pompée depuis des puits et fontaines protégés contre toute pollution. Ces bornes fontaines facilitaient donc l’accès à l’eau pour les consommateurs tout en réduisant le risque de maladies. Depuis 1896, les résidents de Pont-Rousseau voulurent accéder à l’eau courante comme les Nantais, suggérant à la municipalité que celle-ci pourrait être acheminée depuis la Fontaine Launay. Le projet fut vite abandonné, l’eau était contaminée. Rezé se tourna alors vers sa voisine nantaise avec l’idée de prolonger les canalisations de la rue Dos-d’Âne! Suite à de rudes négociations, le 21 mars 1914, un accord fut conclu sur les modalités de pose de canalisations à Pont-Rousseau et les coûts incombant à Rezé. Toutefois, la Première Guerre mondiale retarda les travaux et seuls, quelques Roussipontains privilégiés purent profiter de l’eau nantaise.

Création d’un syndicat intercommunal
Durant l’entre-deux-guerres, face aux dépenses énormes nécessaires pour développer le réseau des canalisations de l’eau et aux demandes financières jugées exorbitantes de Nantes, Rezé décida en 1934 d’assurer son autonomie et de créer un Syndicat intercommunal avec les communes de Bouguenais, La Montagne et plus tard Les Sorinières. Mais, l’eau nantaise puisée en Loire, traitée et stockée dans les réservoirs de La Contrie restait toujours la moins chère malgré le forage d’un puits profond dans la prairie de La Bourgeoisie. Après la Seconde Guerre, le réseau d’eau se développera avec l’urbanisation progressive du territoire. Cependant, des villages périphériques tels que l’Aufrère ou la Chaussée ne seront reliés au réseau d’eau potable que dans les années 1950-60. Actuellement, la gestion de l’eau potable et son assainissement dans les communes de la métropole nantaise se fait de manière mixte : une portion est administrée par une régie (totalement publique) tandis que l’autre est assurée en gestion déléguée. Par conséquent, Rezé, tout comme d’autres communes historiques du syndicat intercommunal des eaux, à savoir Bouguenais, La Montagne et Les Sorinières, sont administrées par Nantes Métropole garde la compétence sur la production, le prix de l’eau qui a délégué la distribution à Véolia sur ce territoire.
Bulletin des Amis de Rezé no 87

