Ce numéro de Rezé Histoire mérite son nom de « spécial » puisqu’il est consacré à un seul quartier :
Trentemoult. La richesse du passé de cette ancienne île explique notre choix mais pas seulement ; ce balcon sur la Loire attire en effet touristes venus de loin et promeneurs venus d’ici qui ne comprennent pas toujours la typicité du lieu.
Ce numéro se présente comme un guide historique et ludique qui propose des promenades commentées pour comprendre les histoires que racontent les murs, les maisons et les rues de Trentemoult.
Le passé de Trentemoult a été traversé par les grands voiliers, la pêche, la construction navale, mais aussi par la rudesse du métier de marin, la douceur des baignades en Loire, la musique des guinguettes et par une vie en autarcie qui est le propre des îles. Une époque où Trentemoult était le quartier le plus peuplé de Rezé après Pont-Rousseau et le plus rétif à l’autorité municipale.

Et en bonus, le jeu de la Civelle qui vous permettra de découvrir ce lieu, tout en s’amusant !
La presse en parle… Ouest-France, Presse Océan et même Place Publique !

Dans notre revue 97, nous évoquons un lieu de Trentemoult très particulier : la plage Beaurivage
La plage de sable de Beaurivage était très fréquentée dans les années 20 et jusqu’après-guerre. M. Sarraméa y tenait quelques cabines de plage, et louait des maillots de bain. Les Nantais, surtout ceux de Chantenay, y venaient par le Roquio. La plage était bordée d’une guinguette avec crêpes, boissons et un plancher pour danser. Après-guerre, les enfants plongeaient d’une vieille carcasse de bateau coulé par les Allemands à la fin de la Seconde Guerre. L’espace inondable, autour de la plage, était planté de pieds d’osiers récoltés pendant l’hiver. Avant-guerre, une autre plage existait du côté de la sablière, près du pendule.

Témoignage d’un baigneur. Extraits d’une interview de René Masson, né en 1942.
« Je suis né à Nantes, près du pont de la Motte Rouge. Dès 1949, j’avais 7 ans, mes parents nous amenaient à Trentemoult et surtout à Beaurivage car c’était l’endroit où on pouvait se baigner. Il y avait une plage aménagée.
Mes parents n’avaient pas de voiture. On partait le dimanche matin vers 11h, avec ma sœur, mon grand frère, et moi. Nous prenions le tramway qui descendait sur le quai de la Fosse, puis on embarquait sur un Roquio pour traverser la Loire. Quand on était sur le Roquio et que l’on voyait Trentemoult, on avait l’impression de changer de lieu, de ville, c’était merveilleux. Et puis, tous ces bateaux de pêcheurs, ça donnait l’impression que l’on était à la mer.
La plage était bien aménagée, avec des arbres, et du sable, très important le sable (rire). Après la baignade on pique-niquait et puis nous retournions nous baigner. J’avais un maillot de bain en laine, alors quand il était mouillé, il descendait (rire). Mon frère, qui avait 10 ans de plus que moi, savait nager, et il devait nous surveiller, ma sœur et moi, c’était une sécurité pour mes parents. La plage était très fréquentée et il y avait une guinguette au niveau de la plage.
Des navires avaient été coulés dans la Loire pendant les bombardements de 1943 et 1944. Mon frère, qui nageait très bien, montait sur la carcasse d’un navire, il nous faisait « coucou » et hop, il plongeait. Nous, ma sœur et moi, on était trop petits, et surtout on ne savait pas nager. La Loire était dangereuse. Il y avait de la vase, des courants, et les épaves des navires. Il fallait faire attention, on n’avait pas de bouée. Mais pour nous, c’était comme si on était à la mer, et les parents n’avaient pas les moyens d’aller si loin.
Après la baignade, mes parents nous emmenaient sur le quai de Trentemoult pour manger une galette, sans oublier la bouteille de limonade. C’était une fête pour nous ».

En août 1937, Ouest Eclair faisait l’éloge de Beaurivage. Article signé P. Bécavin
Depuis bien longtemps, les Nantais se plaisaient à dénommer ironiquement Trentemoult-les-Bains, cette riante agglomération des bords de la Loire, but de promenade favori de beaucoup de personnes.
Cette appellation n’a plus rien d’ironique. Depuis plus de trois ans. Trentemoult a sa plage et celle-ci est très fréquentée, trop même les dimanches et jours de fête, puisqu’elle est alors noire de monde.
C’est à un habitant de Trentemoult dont le nom est bien connu dans notre ville, M. Sarraméa, que revient l’initiative de la création de Beau- Rivage, nom donné à la plage située à quelques centaines de mètres du débarcadère des vedettes qui ont remplacé les légendaires roquios.
Deux entrées permettent l’accès, entièrement gratuit, de la nouvelle plage qui, à l’origine, n’était qu’un terrain vague où poussaient pêle-mêle autour d’une prairie : peupliers, saules et osiers.
M. Sarraméa eut l’idée d’enlever sur une certaine étendue une couche d’herbe et de terre. Ce qu’il fit après avoir obtenu l’autorisation nécessaire, et il put ainsi « faire sortir du sol » une belle dune du plus beau sable fin de Loire. On égalisa le sable. « Beau- Rivage » était né.
Tout de suite la plage trentemousine connut la vogue. Il n’en pouvait être autrement ; le sable est en pente très douce vers le fleuve où l’on peut se baigner relativement sans danger, et des distractions furent bientôt aménagées. Un manège de chevaux de bois fait le bonheur des enfants qui viennent se baigner à « Beau-Rivage » sous la surveillance de leurs parents. Un bar fut construit : l’on y peut déguster de rafraîchissantes boissons sur le zinc et aussi sur des tables-parasols ou des bancs ombragés. Des jeux de toutes sortes sont organisés pour la plus grande joie de tous.
Les baigneurs y viennent extrêmement nombreux ; un tremplin leur permet de faire quelques plongeons. On a prévu tout accident possible en disposant çà et là des bouées de sauvetage, tandis que dans un canot un sauveteur « possible » se tient en permanence. Un certain nombre de cabines de bain attendent les baigneurs.
Cet été, Beau-Rivage présente cependant un inconvénient : la partie inférieure de la plage a vu son sable emporté lors des dernières inondations et les cailloux seuls sont restés. Les Ponts et Chaussées ont accepté de réparer le mal causé par la crue ; espérons qu’ils ne se feront pas trop attendre pour la plus grande joie des nombreux baigneurs qui fréquentent assidûment cette plage bien nantaise.
Ce qui a fait le succès de Beau-Rivage, c’est son emplacement idéal, accessible en quelques minutes grâce aux vedettes, et en même temps loin des fumées et poussières de la ville. De la plage trentemousine, on jouit au surplus d’une vue admirable sur Nantes et son port.
Telle est, brièvement décrite, la plage de Beau-Rivage, à Trentemoult-les-Bains.

