83e anniversaire des procès des 42 et des 16
Cérémonie d’hommage aux fusillés rezéens – Rezé – cimetière Saint-Paul, le 22 février 2026

Comité Départemental du Souvenir des Fusillés de Châteaubriant de Nantes et de la Résistance en Loire-Inférieure
Madame la Maire,
Monsieur le Maire honoraire
Madame la Vice-présidente du Conseil départemental,
Madame la Vice-présidente du Conseil départemental,
Monsieur l’adjoint aux Anciens Combattants,
Mesdames et messieurs les élus,
Chères familles des fusillés,
Mesdames et Messieurs du Comité d’Entente des Anciens Combattants et de la Commission Histoire et Mémoires,
Mesdames et Messieurs les responsables des organisations patriotiques et politiques,
Mesdames et Messieurs les porte-drapeaux,
Chers amis,
Nous honorons aujourd’hui, comme chaque année, la mémoire des 19 résistants rezéens dont les noms figurent sur la plaque installée par la Ville de Rezé dans ce cimetière de Saint-Paul.
Nous serons à nouveau saisis tout à l’heure à l’appel de leurs noms, en pensant à leur courage, leurs souffrances et parfois leurs peurs face à la répression et aux fusils des bourreaux nazis, mais aussi par leur engagement sans réserve pour leurs idéaux et l’amour de leur pays, résumés par les mots d’André GUINOISEAU – 20 ans – dans sa dernière lettre : « … nous mourons tous pour la même cause du socialisme, pour le bonheur de mon pays, pour la délivrance de la France ».
Ils étaient rezéens d’origine ou d’adoption,
Ils étaient jeunes – 17 avaient moins de 30 ans, 11 moins de 25 ans -, très jeune mêmes comme André ROUAULT 17 ans,
Ils étaient des ouvriers -métallos pour la plupart ou employés,
La résistance était souvent leur premier combat,
Condamnés ou otages, ils ont été fusillés au Bêle, au Mont-Valérien, au Mans, à Angers
Ou bien abattus à Saint-Brieuc et Besançon.
Ce sont des résistants, communistes presque tous, membres de l’Organisation spéciale et des FTP.
Ils sont morts pour la liberté, ils sont morts pour la France !
Dès 1940, certains participent aux premières actions de ce qui ne s’appelle pas encore la Résistance : ainsi Hubert CALDECOTT, dans l’aide à l’évasion des prisonniers de guerre au sein du groupe d’Auguste BOUVRON, et qui sera fusillé le 22 octobre 1941 avec les 50 Otages ; et aussi Henri ADAM et Albert BREGEON, chargés de réparer les armes et les explosifs récupérés par le groupe de Marcel PAUL fusillés tous les deux le 13 février 1943.
Plus tard, la machine à répression nazie se mettra à tourner à plein régime, faisant basculer la Résistance dans la lutte armée. Parmi les premiers fusillés, Honoré d’Estienne d’Orves et ses compagnons fusillés le 29 août 1941 au Mont-Valérien ; Marin Poirier le 30 au champ de tir du Bêle à Nantes. La fin de l’année sera une succession de massacres : le 22 octobre, 48 otages sont fusillés à Châteaubriant, Nantes et au Mont-Valérien, 50 autres le 24 octobre au camp de Souge près de Bordeaux ; le 15 décembre, c’est le tour de 95 autres toujours au Mont-Valérien, à Caen, à la Blisière près de Juigné-des-Moutiers et à Fontevraud.
Ces exécutions de masse étaient destinées à effrayer tous ceux qui refusaient l’occupation allemande et la Collaboration de Pétain, pour les détourner définitivement de l’esprit de résistance qui prenait peu à peu corps dans la population.
La réponse des résistants fût toute-autre !
« Ici chacun sait ce qu’il veut, ce qu’il fait quand il passe
Ami, si tu tombes un ami sort de l’ombre à ta place »
A partir de l’automne 1941, des groupes de l’OS se constitueront dans le sud Loire, qui deviendront Francs-tireurs et partisans (FTP) en 1942. Il y aura celui d’André LAGATHU avec les jeunes GUINOISEAU et ROUAULT, Maurice JOUAUD, Robert DOUINEAU.
On retrouve aussi Georges BARBEAU, Marcel DUGUY, Albert BREGEON et Félicien THOMAZEAU, et puis Jean FRAIX et Guy LELAN.
Ils multiplient les sabotages, comme par exemple le pylône électrique de Vertou, la ligne téléphonique de Pornic, les voies ferrées, la minoterie de Saint-Philbert-de Grand-Lieu , les lignes électriques de l’usine SNCASO à Bouguenais, ainsi que des attentats contre des soldats allemands, des collabos et des indicateurs ; plus d’une cinquantaine d’actions dans une forme de guérilla urbaine qui fera dire à Charles Tillon, leur commandant en chef, qu’elle avait été « le maquis du faubourg, le maquis de l’usine ».
A l’été 1942, un vaste coup de filet opéré par le Service de police anticommuniste (la sinistre SPAC) conduit aux arrestations de 143 résistants, qui seront maltraités et torturés au commissariat central de la rue Garde-Dieu à Nantes.
Deux parodies de procès s’en suivront en janvier et en août 1943 dans le but de criminaliser l’action des résistants, traités de « criminels » et de « terroristes ».
Au total, 50 FTP seront fusillés au cours de l’année.
Des dizaines d’autres résistants, dont des femmes, seront déportés en Allemagne qui pour beaucoup ne reviendront pas.
Voilà la triste réalité de la vie de ces hommes, qui ne verront pas les jours heureux de la Libération et qui, pourtant quelques heures avant de mourir étaient capables de penser à l’avenir.
Marcel BOISSARD dans sa dernière lettre, nous dit que :
« … s’il est tombé, c’est pour que tous les petits enfants de France deviennent des hommes libres et fiers de leurs pays, pour que la Fraternité humaine habite leur cœur et que disparaissent à jamais, la barbarie, avec l’égoïsme qui la perpétue ».
Ce message n’a malheureusement rien perdu de son actualité, quand plus de 80 ans après le sacrifice des résistantes et des résistants et la fin des puissances de l’Axe, régimes nationalistes, racistes et expansionnistes, on semble assister au retour des mêmes causes qui ont conduit à la déflagration mondiale avec son cortège d’horreurs et de destructions.
Mais la partie n’est pas jouée !
Elle dépend et elle dépendra encore de notre capacité collective à nous engager pour les droits humains et la démocratie.
C’est le sens du remarquable travail entamé par la municipalité de Rezé avec la Commission Histoire & Mémoires, qui articule la connaissance de l’histoire et la transmission de la mémoire, outils éducatifs indispensables à la formation des citoyens éclairés de demain.
Saluons les initiatives prises autour de la Journée nationale de la Résistance,
- La présentation de l’exposition sur les Résistances par les élèves et les enseignants d’établissements scolaires de Rezé,
- La diffusion du film-documentaire Le procès des 42 réalisé par Marc Grangiens et des élèves du lycée Léonard de Vinci de Montaigu,
- L’installation de l’exposition Libres ! 1944-1947 des archives de Nantes-Métropole.
Je terminerai par un extrait de L’appel à la jeunesse de Jean Cassou, grand critique d’art et poète, membre du Comité de vigilance des intellectuels antifascistes, et résistant :
« C’est au nom de ceux des nôtres qui ont risqué la mort pour la Liberté et qui, pour elle, ont affronté les pires souffrances que nous vous demandons, à vous, ceux des jeunes générations d’être vigilants.
Nous vous passons le flambeau, à votre tour de vous battre, quand il le faudra, pour la justice, la dignité humaine, la Liberté ».
Je vous remercie de votre attention.
