Un demi-siècle de résistance à l’annexion (1905-1946)
Dans la première moitié du XXᵉ siècle, Nantes cherche à étendre son territoire au sud de la Loire pour soutenir son développement urbain, industriel et portuaire. Par deux fois, en 1905 puis en 1946, les Rezéens se mobilisent pour défendre leur indépendance et faire échec aux projets d’absorption par leur grande voisine.
La tentative de 1905 : l’enjeu portuaire et la riposte citoyenne
En 1904, Nantes engage une procédure d’annexion visant Chantenay, Doulon et Rezé. Officiellement, il s’agit d’agrandir le port de commerce sur la rive gauche du bras de Pirmil.

L’enquête publique de juillet 1905 suscite une vive opposition à Rezé. La population redoute une hausse des impôts locaux (patente, octroi) et du coût de la vie, sans avoir la garantie que Nantes investira en retour dans les réseaux d’eau ou d’éclairage. Ruraux pour la plupart, les habitants craignent de voir leurs besoins négligés au profit des intérêts industriels nantais, d’autant que l’argument de l’extension portuaire est jugé fallacieux : Rezé n’a jamais bloqué l’aménagement du fleuve.
Face à cette menace, la contestation s’organise. À Trentemoult, 194 citoyens signent une pétition exigeant de fortes garanties financières et le maintien des infrastructures locales. Saisi tardivement, le conseil municipal de Rezé se retrouve d’abord bloqué par un vote à égalité (8 voix contre 8), avant de s’associer à Chantenay et Doulon pour prendre un avocat auprès du Conseil d’État. En septembre 1905, une Ligue anti-annexionniste publie une brochure dénonçant une tentative de Nantes de combler son propre déficit budgétaire sur le dos des communes voisines, tout en rappelant que la Sèvre forme une frontière naturelle.
L’affaire se conclut le 3 avril 1908 : si Chantenay et Doulon sont rattachées à Nantes, le Conseil d’État rejette l’annexion de Rezé, préservant ainsi l’autonomie de la commune.
Le projet de 1946 : la reconstruction et la mobilisation populaire
Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, le 8 février 1946, le conseiller municipal nantais M. Aubert relance l’idée d’une fusion. Très touchée par les bombardements, Nantes applique le plan d’urbanisme de l’architecte Roux-Spitz, qui nécessite de libérer des terrains au centre-ville. La municipalité souhaite déplacer ses usines polluantes de l’île Sainte-Anne vers la Haute-Ile à Rezé et y installer de nouvelles installations portuaires, tout en captant la fiscalité des entreprises localisées à Pont-Rousseau.

Le maire de Rezé, Arthur Boutin, s’oppose immédiatement au projet, qualifiant l’extension portuaire de chimère face à l’essor des transports terrestres et à la concurrence de Saint-Nazaire. En juin 1946, un Comité de défense réunit syndicats, commerçants et partis politiques. Ce comité organise des réunions publiques puis un référendum officieux le 13 octobre 1946, au cours duquel deux tiers des électeurs votent contre l’annexion. Pour prouver sa capacité à se développer seule, Rezé élabore même son propre plan d’aménagement autour du château de Rezé.
En juillet 1947, le conseil municipal de Nantes vote pour poursuivre la procédure, mais l’élection d’Henri Orrion à la mairie de Nantes en octobre 1947 met un terme définitif au projet. La ténacité des élus et le refus des habitants scellent l’échec de cette seconde tentative.
Le cas particulier de l’abattoir de Pont-Rousseau (1919-1932)
Parallèlement à ces deux grandes crises, un épisode méconnu illustre le grignotage territorial nantais. En 1919, pour remplacer l’abattoir insalubre de Talensac, Nantes et Rezé s’associent au sein d’un syndicat intercommunal à l’initiative de la Société des abattoirs industriels et entrepôts frigorifiques de l’Ouest (SAIEFO). Un terrain de 2,6 hectares est choisi à Pont-Rousseau, le long de la Sèvre et de la Loire, bénéficiant d’un accès à l’eau et au réseau ferré.
Lancés en 1924, les travaux subissent d’importants dépassements de budget. Incapable d’assumer sa part de la dette, la commune de Rezé accepte en 1932 de céder la parcelle à Nantes. Ce transfert de souveraineté permet à la ville de Nantes de prendre en charge la gestion et le financement de l’équipement juste avant son ouverture en 1933.
De la défiance à l’intégration métropolitaine
Si l’usage d’accoler officieusement « -lès-Nantes » au nom de Rezé a longtemps persisté avant d’être rejeté en 1983, les relations entre les deux villes se sont progressivement apaisées. André Morice, maire de Nantes en 1972, propose la fusion que le conseil municipal de Rezé rejette le 21 avril 1972. L’époque des annexions forcées a laissé place aux EPCI, qui se concrétisent à partir de 1982 à Nantes. Ces établissements publics de coopération intercommunale regroupent plusieurs communes afin qu’elles exercent des compétences en commun et mutualisent leurs moyens.
Repères bibliographiques
Notons que des entrepreneurs ont tenté dans les années 1861, 1865, 1869 d’obtenir une commune séparée pour Pont Rousseau, sans lien explicite avec Nantes (bulletin L’ami de Rezé N°74 article de Yann Vince)
D’après les travaux d’Isidore Impinna (août 2026). Pour en savoir plus, consulter les articles parus dans les numéros 74 et 83 du bulletin « L’Ami de Rezé », disponibles auprès des Archives municipales de Rezé. Voir aussi l’article du numéro 80 du bulletin des Amis de Rezé de novembre 2016 sur la coopération intercommunale.

