Propos recueillis en novembre 2020 par Isidore Impinna : Louise Vince, Ginette Blandin et Marie-Françoise Artaud.
Louise Vince à l’Aufrère
Nous sommes arrivés à Rezé fin 1952 et mon mari a construit une petite maison en bois au sud du village de l’Aufrère, rue de la Maillardiere, là où passe le périphérique aujourd’hui ! A l’époque, la maison n’était alimentée ni par l’électricité ni par le service d’eau. Dans le village, la plupart des maisons étaient dotées de puits privés, ce n’était pas notre cas.
Avec deux enfants, les besoins étaient pourtant importants, tant pour la cuisine que pour la lessive et la toilette. Chaque jour, je devais me rendre au puits communal de l’Aufrère pour faire le plein. Une lessiveuse, un seau, un arrosoir y pourvoyaient !
La lessiveuse, grand récipient légèrement conique en acier galvanisé, servait à faire bouillir le linge que j’allais rincer parfois dans la rivière (l’Ilette) au bas du champ. La lessive était ainsi faite le lundi. Une bassine ronde servait à la toilette; l’eau était chauffée sur la cuisinière à bois. En complément de l’eau du puits, mon mari récupérait celle de la toiture dans un tonneau.
Bien sûr, nous ne bénéficions pas non plus de l’assainissement. Près de la maison, nous étions propriétaires d’une ancienne carrière où mon mari y avait fait nos toilettes.
Quand nous avons déménagé fin 1961, le village était alimenté en eau, mais pas notre maison, trop à l’écart !
Louise Vince est née en 1927

Ginette Blandin à Trentemoult
Aussi loin que je m’en souvienne, mon premier rapport avec l’eau fut la Loire : les promenades en barque avec mes parents, les baignades à la grève (en aval du port) et le linge à la cale, place des filets.
Aujourd’hui, je prends conscience de l’importance de l’eau dans notre vie quotidienne durant les années de mon enfance.
Sur le perron de la maison familiale, je revois encore la pompe installée sur notre puits qui était aussi utilisé par nos voisins. Tout près, un grand bac en ciment, recouvert d’une plaque de bois percée d’un trou où passait un tuyau descendant de la gouttière de la maison, recevait l’eau de pluie. Celle-ci était chauffée dans une marmite posée dans la cheminée de la cuisine. Elle servait alors pour la toilette quotidienne et une fois par semaine, pour le bain que nous prenions dans une grande bassine en fer blanc fabriquée à l’usine Guillouard de Nantes. L’eau était ensuite jetée dans le caniveau de la rue, devant la maison. A cette époque, toutes les eaux usées des particuliers (eaux de lessive, de toilette et de cuisine) couraient dans les caniveaux au milieu des petites rues pour rejoindre la Loire.
Adolescente, vers l’âge de 16 ans, une fois par semaine, j’allais avec mes copines aux bains douches publics mais payants dans le quartier Gustave Roch à Nantes. Nous nous y rendions à vélo.
Toujours avec l’eau de pluie recueillie dans le bac, on faisait la lessive dans une grande gargote en fonte ou dans des lessiveuses en fer blanc également fabriquées par Guillouard. Le linge était brassé dans l’eau chaude puis frotté sur une planche à laver posée dans un autre bac en bois. Il était ensuite rincé dans la Loire, surtout les grosses pièces comme les draps ou les vêtements de travail des hommes. Les femmes se rendaient alors à la cale de la grève, place des filets, poussant leur brouette avec le bac en bois rempli de linge. Elles se retrouvaient entre voisines chaque lundi, c’était la coutume !
Quand le temps le permettait, les draps étaient étendus en plein air, souvent à côté des filets de pêcheurs. Je n’ai pas besoin de vous dire que les papotages allaient bon train.
Nous avions la chance d’avoir, à proximité, un puits privé avec une pompe qui nous alimentait en eau potable pour boire et pour faire la cuisine. Elle pouvait tomber en panne lorsque la membrane en caoutchouc séchait ; peut-être, cela était-il provoqué par le manque d’eau lors des sècheresses estivales ? Bien entendu, nous n’avions pas le droit de jouer avec l’eau et on nous répétait qu’il ne fallait pas la gaspiller.
A Trentemoult, il y avait des puits privés et aussi plusieurs bornes fontaines publiques ; je me souviens de celle de la place Talva où nous allions avec mes copines, faire notre shampoing en plein air, et celle de la place Major.
Maison de famille Blandin, le puits se trouvait derrière le muret. ® I.Impinna

Nous n’avions ni WC ni salle de bains. Nous faisions notre toilette quotidienne derrière un rideau dans le coin d’une pièce. Quant au WC, il s’agissait d’un petit cabinet fermé dans le caveau attenant à la maison. C’était des toilettes sèches : on y jetait du papier journal sur de la sciure de bois et un broc d’eau dessus. Le siège était en bois.
L’eau courante est arrivée chez mes parents dans les années 1952-1953 aux frais de la propriétaire. Elle coulait d’un robinet placé sur un évier de 50X50 cm. C’était un grand évènement, un petit confort supplémentaire au quotidien mais cela n’avait pas changé tout de suite nos habitudes. Nous continuions à laver le linge avec l’eau du puits et mes amies et moi, à faire nos shampoings à la borne fontaine et à aller aux bains douches à bicyclette.
Quand je pense à l’eau, je ne peux pas oublier les inondations. Les eaux de la Loire recouvraient les petites ruelles de Trentemoult et rejoignaient le Seil. Elles se mêlaient aux eaux usées, polluant davantage le fleuve. Les dernières furent heureusement beaucoup moins fortes. Vers 1980, les eaux dans les rues, les maisons et les garages remontaient des regards ou des égouts.
Ginette Blandin est née en 1936
Marie-Françoise Artaud à la Chaussée
Nous habitions à La Chaussée, au bord de l’Ilette, rivière à la limite de la commune de Vertou. Dans notre village, il y avait un puits avec une pompe que nous actionnons à la main. Il était aussi équipé d’une poulie et d’une chaine pour remonter les seaux.
Lorsque j’étais enfant, mes parents disposaient déjà du service d’eau mais ma famille continuait à utiliser l’eau du puits. Avec cette eau, on mouillait le pastis, rafraichissait les boissons et la soupe à la pie (soupe glacée avec un peu de vin rouge) que nous apprécions particulièrement l’été, le soir sous la véranda.
L’eau de la rivière qui était au bas du jardin servait à son arrosage. En été, son niveau était bas mais nous pouvions encore remplir quelques arrosoirs. Parfois, la pression du service d’eau était aussi faible et ma mère ne manquait pas de dire : « Tiens les maraichers doivent encore arroser avec cette canicule »
Nous n’avions pas de lavoir au bord de l’Ilette mais nos voisins avaient le leur. Ils avaient construit au bord de l’eau un plancher de bois et un toit goudronné pour se protéger de la pluie.
On mettait le linge à bouillir dans un chaudron chauffé sur un foyer de fortune constitué de grosses pierres où brulaient des morceaux de tronc d’arbre. Frotté au savon de Marseille, battu avec une palette, le linge était rincé dans la rivière qui vivait au rythme des marées. La mousse du savon se dispersait avec le courant.
Mes parents faisaient très attention à la consommation de l’eau du robinet. Elle devait être chère ! J’entends encore ma mère ou ma mamie me dire :
« Attention, ça coûte cher, ferme le robinet – Ne laisse pas couler l’eau – Tu ne vas pas encore laver ? (sol, linge) – Pas de gaspillage …»
Heureusement qu’il était là, le service d’eau pour boire ou cuisiner ! La modernité était entrée dans la maison ; nous disposions d’une salle de bains avec un grand bac en grès et des WC à effet d’eau.
L’arrivée du tout-à-l’égout fut plus tardive. Notre jardin était tout en longueur et en pente. A mi-hauteur, se trouvait le tas de fumier des lapins et des déchets organiques. A cet endroit, arrivaient les eaux usées grossièrement filtrées et transportées par une canalisation venant de la maison. Les eaux infiltrées dans le sol allaient tout naturellement dans la rivière.
Marie-Françoise Artaud est née en 1950