La mobilité à Rezé ne date pas d’hier
Gilles Retière
Avec tous les travaux qui sont en cours sur Rezé, et les problèmes de circulation que cela entraine, revenons un peu en arrière pour constater que la mobilité n’est pas un sujet récent.
Le maire, les commerçants et habitants de Rezé sont soucieux de la sécurité. Les conseillers généraux ne veulent plus des encombrements. Les ingénieurs des Ponts et Chaussées cherchent la solution pour « traverser » Pont-Rousseau. Quel point de vue va l’emporter ?
A l’issue de la Grande Guerre de 14-18, les voies d’accès à Nantes n’ont guère changé depuis le siècle précédent. Les grands itinéraires sont des routes nationales RN 23 Paris-Nantes-Paimboeuf, RN 137 St Malo-Nantes-Bordeaux, RN 149 Nantes-Poitiers. Toutes convergent vers Pirmil, seul point de connexion entre la Bretagne et le Poitou. Mais la circulation évolue. Les charrettes à cheval sont dépassées par des véhicules automobiles, camions et autobus, dont le nombre ne cesse d’augmenter et les piétons enfourchent volontiers leur bicyclette pour aller plus vite et plus loin.
Préambule : Le maire de Nantes prend une décision stratégique dès 1920
Pour accéder à Nantes, il nous faut encore passer devant la maison posée sur le pont de Pirmil. Nous arrivons dans l’île de Vertais et deux rues s’offrent à nous sur l’actuelle place Mangin. La voie traditionnelle passe dans les faubourgs de Vertais, Petite Biesse, Grande Biesse et de la Madeleine, avec autant de ponts à franchir. Le tramway se faufile par la voie traditionnelle pour rejoindre Saint-Jacques et Pont-Rousseau. L’étroitesse et la convergence de ces voies bloquent le développement économique de la ville de Nantes. Aussi le nouveau directeur du service du plan de la ville de Nantes, Camille Robida, propose dès 1920, une voie de 32 mètres de large, reliant directement les ponts de la Madeleine et de Pirmil.
Ce dossier de nouvelle voie est adopté par le conseil municipal de Nantes, présidé par Paul Bellamy, le 8 novembre 1920.
Ce tracé coupe droit dans les faubourgs de Vertais et de Grande Biesse et comble les boires des Récollets et de Toussaint. Il prévoit la reconstruction du pont de Pirmil selon un nouvel axe. Hasard ou prémonition : la maison située sur le pont s’effondre et entraine la chute d’une partie de l’ouvrage le 26 mai 1924 ; un pont provisoire de bateaux est mis en place.
Les acquisitions de maisons avancent doucement sur le tracé du futur boulevard ; de nombreuses démolitions sont nécessaires dans ces quartiers peu salubres. Les bombardements de Nantes en 1943-44 allaient y contribuer, hélas. Cette voie structurante ne sera achevée qu’en 1947.

Les maires de Rezé y réduisent la vitesse des véhicules et restreignent le stationnement.
Le maire de Rezé est responsable de la sécurité et décide à plusieurs reprises de ralentir la circulation pour protéger les piétons et cyclistes. En août 1908, Jean- Baptiste Vigier, nouvellement élu, limite la vitesse à 30 km/h. Mais la circulation se densifie et la veille de Noël, le 24 décembre 1923, le maire Jean-Baptiste Vigier prend un nouvel arrêté pour limiter la vitesse des véhicules. « … Considérant que l’opinion publique s’est émue, à juste titre, des accidents, trop nombreux, dus à une vitesse exagérée avec laquelle circulent les automobiles et autres véhicules à moteur mécanique … »
Arrêtons : Article 1 : En aucun cas dans la traversée des agglomérations de la commune de Rezé, la vitesse des automobiles et autres véhicules à moteur mécanique, ne pourra excéder 12 km/h. Article 2 : La vitesse devra être ramenée à celle d’un homme au pas (environ 6 km/h) à l’intersection des rues et des passages étroits et encombrés et notamment au carrefour des rues Thiers (actuellement rue de la Commune), Sadi Carnot et du Puits Baron et dans la rue Félix Faure avec interdiction de dépasser tout véhicule déjà engagé dans cette rue … »
La limitation de vitesse est peut-être trop forte : le 31 janvier 1926, J B Vigier prend un autre arrêté qui limite celle-ci à 20 km/h dans les agglomérations et 10 km/h au carrefour de Pont-Rousseau et dans les passages étroits, dont la rue Félix Faure.
En 1932, le maire, Charles Rivière prend un arrêté pour faciliter le passage du tramway : il interdit le stationnement des voitures et charrettes rue Félix Faure. Les commissionnaires devront stationner rue de l’Industrie ou au carrefour pour approvisionner les commerces. Les charrettes de foin devront attendre le passage d’un tramway avant de s’engager. Le 16 mai 1933, Charles Rivière fixe la vitesse des véhicules légers à 30 km/h. Cette présence du tramway gène la circulation générale, surtout rue Félix Faure ; mais, ce n’est pas un souci majeur pour les Rezéens.

Le nombre de véhicules augmente, surtout les poids-lourds et les autocars.
Il n’y a aucun récit sur ces embarras. Seul, l’ingénieur en chef des Ponts et Chaussées présente quelques chiffres dans le préambule de son mémoire du 6 avril 1935. Au cours des 6 dernières années, c’est-à-dire entre les 2 recensements officiels de circulation, le nombre de véhicules ayant emprunté des routes nationales et passant par Pont Rousseau s’est accru en moyenne dans les proportions suivantes :
- pour les camions de 1 à 6
- pour les autocars de 1 à 13
- pour les automobiles particulières de 1 à 3
- pour les véhicules hippomobiles de 1 à 1,3
Il est bon de noter qu’en même temps que le nombre, le tonnage et l’encombrement ont très sensiblement augmenté.
Les comptages qui viennent d’être effectués ont permis d’établir qu’il passait chaque jour en moyenne dans la rue Félix Faure et en provenance uniquement des routes nationales :
- 1021 Automobiles à marchandises dont 101 à plus de 2 essieux
- 180 Autocars
- 1878 Automobiles particulières
- 341 Véhicules hippomobiles à marchandise soit plus d’un million deux cents cinquante mille véhicules par an.
Ces chiffres ne comprennent que les véhicules ayant passé les points de comptage établis en dehors de l’agglomération et que, par conséquent, ils ne tiennent pas compte des véhicules ayant emprunté des chemins vicinaux, ni du trafic local, ni des cyclistes, ni des 88 passages du tramway.
L’histoire est-elle un éternel recommencement ? Et maintenant… en 2025 ?
Pour en savoir plus sur cet article, voir le bulletin des Amis de Rezé no 87.